Le monde de la voix off, c’est un peu comme un immense buffet.
Vous pouvez y trouver des plats qui ne sont pas aboutis. Ce sont les voix off non-professionnelles et je n’en parlerai pas dans cet article.
Et puis vous pouvez aussi y déguster de très bons plats ! Et parmi eux, des ressemblances…
Un écrasé de pommes de terre, un velouté pas trop liquide de patates et une purée à l’ancienne.
Quoi !? Vous dites que c’est la même chose ? Oui, vous avez raison.
Mais on chipote en cuisine. Certains chefs vont rajouter de la truffe. D’autres vont plutôt promouvoir et assumer le côté « traditionnel » de la purée sans fioritures. Bref, vous m’avez compris !
Et bien c’est un peu ce qui se passe avec les appellations comédien voix off, acteur voix off ou voix off.
Accrochez-vous, on va démêler les spaghetti et goûter à tous les plats… euh, à toutes les voix !

Donc pour eux, il y a forcément un comédien derrière un micro. (Et on y reviendra parce que je suis pas forcément contre cette affirmation !)
Sauf que d’autres puristes non-comédiens, vous diront le contraire. On a pas besoin d’être comédien pour être derrière un micro et faire le métier de voix-off. Du moment, bien entendu, qu’on en a le talent et les capacités pour le faire.
Bon, avant d’y voir plus clair, juste, mettons nous d’accord sur le terme « comédien ».
Bien souvent, ce qu’on sous entend par « être comédien », c’est d’avoir fait un « parcours professionnalisant en comédie ». C’est à dire avoir fait au hasard « le cours Simon » ou « le cours Florent ». Etre ou avoir été pensionnaire à « la Comédie Française ». Ou encore avoir fréquenté une école nationale reconnue comme telle. Plus simplement, ça peut être aussi d’avoir vécu l’expérience du théâtre, de la scène, de manière significative.
Ce n’est donc pas simplement à l’école, en maternelle ou en primaire, en tant qu’élève ou parent d’élève, là, ça compte vraiment pas ! Même si c’est mignon !
Alors oui mais voilà. Je connais des comédiens qui ont fait ce genre d’écoles. Ils en sont sortie bien avant de clôturer le « cycle » et m’ont rapporté : « en avoir appris bien plus dans leur théâtre de quartier, en amateur, dans leur MJC, que dans un cours privé extrêmement cher ».
Attention : ça ne veut pas dire que les écoles ne sont pas légitimes. Ca veut juste dire que des comédiens en exercice qui ne vont pas au bout du parcours proposé par ces écoles, ça existe ! Et aussi que ces comédiens ont été déçus par ses formations, mais qu’il y en a d’autres où ça va très bien et tant mieux !
Mais sans parler de mes amis comédiens, combien sont-ils que nous voyons débarquer à la télé ? Au cinéma ? En radio et même en doublage, sans avoir fait un cursus « classique » ? Ces artistes qui ont démarré dans le stand-up et donc, pour la plupart, en autodidacte ?
Alors bien sûr, il y a du plus ou moins talentueux (comme partout par ailleurs). Reste un fait établi : ils travaillent, font partie du paysage artistique et médiatique français et sont appelés « comédiens ».
Donc, cela étant dit, nous ne pouvons plus dire « est comédien, qui a pris des cours classiques dans une école spécifique ».
D’ailleurs, la plupart des comédiens eux-mêmes se demandent bien : c’est quoi être comédien ? C’est pour vous dire à quel point ce n’est pas si clair ! Et c’est d’ailleurs pour ça que c’est très intéressant !
Je fais une petite mise au point concernant l’intermittence du spectacle. C’est ce « statut » qui n’en est d’ailleurs pas vraiment un, mais qu’on pourrait me sortir comme étant le « badge » qui fait de quelqu’un ou non un comédien.
Déjà, l’intermittence ne s’adresse pas qu’aux comédiens, mais aux artistes en général ainsi qu’aux techniciens du spectacle !
Ensuite, l’intermittence permet de toucher une assurance chômage en période de vache maigre. Quand il n’y a plus de contrat à se mettre sous la dent, ça permet tout simplement de survivre. Et c’est vraiment indispensable pour continuer à soutenir la culture en France, par ailleurs !
Cela étant dit, nul besoin d’être « intermittent du spectacle » pour être voix off. Beaucoup de voix off ont leur propre entreprise et facturent leur prestation.
Et d’ailleurs, avant de devenir intermittent, il faut faire ses « cachets » ou ses « heures » dans l’année. Ça ne rend pas, les hommes et les femmes qui les font, moins comédiens avant de toucher leur intermittence.

Le comédien voix off, c’est un funambule des émotions, des tons employés, des rythmes d’élocution utilisés.
Le jeu et l’authenticité : deux salles, deux ambiances, même combat !
Dans la voix off, on a deux écoles non pas qui s’affrontent, mais qui se complètent.
On a les projets qui demandent du « jeu » (les pubs avec personnages, les personnages dans les livres audio , certains podcasts fictionnels, etc.)
Et on a les projets qui misent sur l’authenticité (les pubs inspirationnelles, les documentaires, l’institutionnel, etc).
Dans un cas on demande d’appuyer l’incarnation. On va « composer » un personnage (le fameux rôle de composition), peut-être avoir un léger surjeu pour la touche d’humour et le style (pubs radio avec personnages).
Dans l’autre, on vous demande plutôt d’être le vecteur des émotions voulues par le client ou la marque mais avec votre personnalité. En effet, dans ce genre de publicités, les voix off sont castées bien entendu pour leur talent, la qualité sonore de leur démo mais aussi et surtout pour la singularité qu’ils ont su insuffler au texte.
Il n’y a pas une spécificité meilleure que l’autre. Il y a surtout des approches différentes pour des volontés et des finalités différentes. Le tout, c’est de trouver les voix off capables de porter ce qui est demandé.
On arrive enfin à mon propos et celui-ci n’engage que moi bien évidemment. N’hésitez pas à me donner vos avis le cas échéant en commentaire !Ensuite, que certains ou certaines ne se sentent pas « légitimes » de porter le mot « comédien » avant « voix off » parce qu’ils n’ont pas dans leur bagage ce fameux « parcours classique » ou même un peu moins classique, ça peut se comprendre. Mais tant que cette voix off fait le job, alors il n’y a aucun problème.
Ce n’est d’ailleurs toujours pas un problème pour moi qu’un professionnel se nomme finalement comme il a envie. Il/elle peut même se faire appeler bourdonneur/bourdonneuse, faiseur de voix/faiseuse de voix, voixculteur/voixculteuse (oui je viens de l’inventer), ou que sais-je encore… Ce n’est pas l’important.
En revanche, ce que je trouve important c’est de ne pas faire la distinction comédien voix off et voix off aux seules fin d’établir un classement. Car c’est prôner les mauvais arguments qui ne rendent pas compte de la réalité des talents qu’il y a de part et d’autre !
Disons le également : le monde de la voix off a changé depuis l’avènement d’internet. C’est toutes les habitudes et les « us et coutumes » de ce corps de métier qui s’en sont retrouvées bouleversées.
Car à une époque, les comédiens voix-off, en France, n’étaient que sur Paris. À une époque, c’est vrai, ils étaient souvent comédiens avant d’être voix off. Et quand les nouvelles voix de France et de Navarre sont arrivées, alors on a regardé ces derniers d’un très mauvais œil.
Qui sont donc ces huluberlus qui viennent manger notre pain ? Sont-ils seulement comédiens ? Habitent-ils Paris ?
Mais aujourd’hui nous avons accès à tous les outils nécessaires pour caster la meilleure voix off pour un projet donné. Et celle-ci peut dorénavant se trouver à Lyon, Marseille, Belfort, ou un charmant petit village inconnu. Elle peut même se trouver à l’autre bout du monde !
Seulement, cette scission « comédiens voix de Paris » et « voix off d’ailleurs » perdure encore aujourd’hui dans le narratif de certaines personnes du métier, heureusement pas tous !
A mon sens, tant que le travail est fait – et par là, je veux dire, quand il est bien fait – alors le reste n’est que guerre égotique et sémantique. Alors que nous aurions tellement de choses à partager entre artistes de la voix !
Au final, que vous vous disiez voix off, comédien voix off ou acteur voix off, l’important, c’est que ça désigne un vrai professionnel de la voix.
La voix off, c’est un métier passionnant, alors autant s’amuser sans trop se prendre la tête sur des mots non ? En plus je l’ai déjà fait pour vous, ce n’est donc plus la peine ! 🙂
Par contre, si vous partagez cet article, il y a des chances pour que d’autres se prennent moins la tête aussi avec ça.
Je dis ça, je dis rien, mais je l’écris du coup. 🙂